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CONCLUSION :

Vers des liens et des repères.

Littré définit ainsi le repère : « terme d’arts et métiers ; marque faite à différentes pièces d’assemblage pour les ajuster plus facilement (…) ».
C’est donc une marque qui facilite la constitution d’un ensemble, qui rend possible la formation d’un entier à partir de ses parties constituantes. Le repère est donc un médiateur nécessaire dans la dialectique de l’entier par rapport à ses parties, un moyen qui facilite le lien entre elles.
C’est le conflit qui est le vrai repère, c’est lui qui paradoxalement unifie, rassemble le moi et le psychisme. Perdre ses repères, c’est, en dernière instance, dénier les conflits, comme c’est le cas pour les psychotiques qui supportent mal la « conflictualité ». Autant dire que ce qui nous oriente effectivement dans la vie interne ou sociale, c’est le travail psychique que nous faisons pour essayer de résoudre les conflits. Ce qui veut dire en outre qu’une thérapie destinée aux psychotiques peut être définie comme la ré-acquisition des repères à travers l’acceptation des conflits.

Il existe une filiation de tous les phénomènes psychiques à partir des sources de la vie psychique, c’est-à-dire à partir des pulsions.
La libido (ou pulsion de vie) réunit, agrège, construit, structure. C’est la liaison interne de tout objet, le ciment de l’objet.
La pulsion de mort c’est la division, la désagrégation, la déconstruction, la déstructuration, la déliaison. Pour qu’un entier existe, qu’un objet existe, il faut que dans l’intrication de deux pulsions, la libido -pulsion de vie- soit dominante et empêche que la pulsion de mort ne le détruise en le divisant, en sectionnant ses parties constitutives.

L’existence dans la vie psychique d’un sujet de repères internes stables et dotés d’une certaine cohérence peut être considérée comme une des conditions de sa santé mentale.
La pathologie psychotique se caractérise par la fragilité ou l’inconsistance de ces « balises intra-psychiques ». La vie intérieure et la vie relationnelle sont alors souvent sous le signe de la confusion, de l’absence de sens. Les générations, les sexes, les identités sont alors confondus, comme le fantasme et la réalité, toi et moi, dedans et dehors, nuit et jour, hier et demain, plaisir et souffrance.
On peut envisager l’hypothèse selon laquelle l’ensemble structuré constitué par le patient et par les professionnels soignants ou sociaux auxquels il s’adresse est producteur de liens et de repères que le patient va pouvoir utiliser dans une perspective thérapeutique.
Cet ensemble structuré -le groupe soignant- existe à partir du moment où le patient rencontre plus d’un interlocuteur, et que ceux-ci sont en lien avec les autres. Lorsque ces liens sont structurés en un dispositif suffisamment clair pour être décodable par ses utilisateurs, ils deviennent autant de repères que ces derniers peuvent utiliser puis intégrer. La musicothérapie dans les institutions quelles qu’elles soient, peut constituer un tel dispositif porteur et producteur de repères. Il en est de même pour tout réseau mettant en relation un patient et un ou des soignants et intervenants sociaux à condition que leur action soit l’objet d’une concertation et d’une collaboration structurée.

Pour chacun de nous ont existé des liens primordiaux dont les traces imprègneront notre vie jusqu’à notre dernier jour. Ce sont ceux qui nous ont unis aux personnages significatifs de notre petite enfance : premiers objets investis ; premiers liens, premiers repères ; la mère, le père ; eux, moi ,le monde, l’autre. Etre reconnu par l’autre, recevoir de lui des preuves de mon existence, devenir Je.
Comment ne pas entendre dans la pathologie mentale l’écho des avatars de cette expérience primordiale ?

 

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